Michel Matilla
La promesse du Bouyouyou
(...)
Il aimait regarder les traminots orienter les archets de leur tramway
car le terminus de cette ligne de transport urbain, place
Kerghena-Boulanger, était juste en face de la maison. En face
aussi, le court du Lawn Tennis Club lui offrait un spectacle
inhabituel. Il se demandait pourquoi deux ou quatre joueurs se
renvoyaient une balle par-dessus un filet sans vouloir la garder. Nul
ne pouvait le renseigner car dans son entourage, personne ne
connaissait les règles. C'était un sport
réservé aux gens riches et snobs. Ce qu'il adorait entre
tout, c'était lorsque vers dix heures, il entendait le train
passer. Eh oui ! Un train avec une locomotive... Oh, pas très
grosse mais une vraie locomotive quand même, tirant trois
voitures et un wagon de marchandises. Ce petit train assurait la
liaison entre Hamman Bou Hadjar et Oran, desservant des
localités comme Aïn El Arbe, Saint-Maur, Valmy et
Sénia. Le plus distrayant était de voir les petits
Algériens prendre le train en marche et se lancer à terre
quelques mètres plus loin car, à cet endroit, l'engin,
avec ses tchouf tchouf, avait des difficultés à grimper
la lègère pente existante. Ce train s'appelait le
Bouyouyou.