Yvonne Lecrocq
La recette du bonheur
(...)
Sur le chemin qu'on prenait pour aller à la messe, il y avait un
figuier. Les figues n'étaient pas encore mûres que je
grimpais dedans ; j'en arrachais aussi les fleurs et les gens sont
allés se plaindre aux Soeurs. C'est comme ça que j'ai eu
droit à une bonne rouste... Elles m'ont mise dans une
pièce noire où on entreposait le charbon en me disant que
le diable et les souris viendraient me manger. J'avais peur. Vers la
fin de la journée, des raies de soleil passaient sous la porte
et en voyant où j'étais, mon imaginaire s'est mis en
marche... Les boules de charbon se sont transformées en
personnages à qui je parlais, assez fort d'ailleurs. Au bout
d'un moment, la Soeur a réalisé que je n'avais plus du
tout peur : la porte s'est ouverte, j'ai encore reçu deux baffes
et elle m'a mise à l'écart dans une autre cour. Ca
faisait quelques jours que je n'avais pas mangé.
(...)