Francisca Evora
Merci mon Dieu


(...)
Le jour de mon départ, maman prit un sac en tissu pour y fourrer quelques affaires. En descendant du village, elle demanda à l'épicier de lui faire crédit d'un kilo de confiture pour que je n'arrive pas chez ma tante les mains vides. Je n'avais rien d'autre. C'était vraiment la misère... Alors que nous étions presque arrivées au port, ma mère s'est aperçue qu'elle avait oublié de mettre une jupe dans mon sac. Elle est remontée pour aller la chercher. Entre temps, le contremaître me dit : "Il est temps de partir !" Je lui expliquai que j'attendais ma mère, qu'il devait patienter un peu. Mais il ne voulait rien savoir. J'embarquai donc, à contrecoeur. Le bateau s'apprêtait à lever l'ancre quand ma mère arriva. Elle eut juste le temps de m'envoyer la jupe que j'attrapai au vol. Je n'eus pas le temps de prendre maman dans mes bras. Je me suis mise à pleurer, elle aussi. C'est là que j'ai réalisé que je quittais mon pays. Je pleurais aussi fort que je pouvais, mais cela ne me consolait pas. Plus tard, j'ai compris ce qui me manquait : la bénédiction de mes parents, surtout celle de ma mère et de ma grand-mère.